Entretien avec Youssef Hindi – par Franck Abed

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Franck ABED : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter en quelques mots pour ceux qui croient vous connaître et pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Youssef HINDI : Je suis écrivain et historien. Mes travaux de recherches sont tournées principalement vers l’étude des origines des idéologies modernes, de leur évolution et leur influence sur la politique et la géopolitique contemporaines.

Franck ABED : Depuis quelques mois vous donnez (seul ou accompagné) des conférences sur vos thèmes de prédilection : sionisme, islam, mondialisme. Vous répondez également à des journalistes de médias dissidents, qui partagent dans une large mesure les idées que vous exprimez et défendez. Cependant, à notre connaissance, vous ne vous êtes jamais retrouvé face à de vrais contradicteurs ou face à des individus qui jouaient sérieusement et réellement le rôle « d’avocat du diable ». Ne considérez-vous que la non confrontation de votre pensée, avec des opposants ou tout simplement avec des gens qui ne partagent pas vos idées, est handicapante ?

Youssef HINDI : Depuis la sortie de mon premier livre, qui révèle pour la première fois les origines du sionisme, de la stratégie du Choc des civilisations et du judéo-christianisme, je suis attaqué par un certain nombre d’agents sionistes (journalistes, écrivains, associations et autres), dans des articles et livre(s), mais jamais aucun de mes adversaires ne m’a proposé de débat.

Cela est en effet handicapant pour le monde des idées mais pas pour moi, puisque mes thèses n’ont à ce jour pas été réfutées et se diffusent de plus en plus largement, en France et à l’étranger.

Franck ABED : Dans la « pensée dissidente », il y a une constante : la critique du Talmud. Certains vont plus loin en remettant même en cause la véracité des textes bibliques, notamment ceux de l’Ancien Testament. Est-il sérieux de critiquer le Talmud, alors qu’ils n’en ont jamais possédé un exemplaire authentique (pas les versions édulcorées en vente dans certaines librairies), sans compter qu’ils ne lisent même pas l’hébreu ? Qu’en pensez-vous ?

Youssef HINDI : Il faut poser cette question à ceux qui critique le Talmud. Moi j’ai surtout travaillé sur le messianisme juif et la kabbale. Toutefois, il est possible, au moins, de critiquer des sentences talmudiques lorsque des hébraïsants et des rabbins les traduisent et les citent.

Franck ABED : Dans un de vos articles intitulé Les islamologues, l’islam et la guerre vous expliquez que l’islam est injustement attaqué à cause, entre d’autres, « (du) souffleur de braises comme Eric Zemmour aux côtés du prélat de l’athéisme militant Michel Onfray ». Pour faire simple, si l’islam était mieux compris dans sa nature propre, il n’y aurait pas ce rejet… Ne considérez-vous pas que cela revient à adopter une position victimaire ? Si les Français en général, et les Européens en particulier rejette l’islam et les musulmans, n’est-ce pas en raison des propos et des comportements de ces derniers ?

Youssef HINDI : Vous parlez là d’un court article que j’ai écrit et où je mettais en évidence que ceux qui sont autorisés à parler de l’Islam dans les grands médias sont des gens qui ne connaissent ni de près ni de loin le Coran et les autres textes fondateurs de la religion musulmanes ; et ils n’en parlent de surcroît que pour attiser les flammes de la discorde et de la guerre civile. Mais je n’ai jamais écrit qu’il y aurait une adhésion universelle à l’Islam si sa nature propre était connue. Ce n’est pas mon propos, ni l’objectif de mes travaux.

Ce que les Français et les Européens rejettent ce n’est pas l’Islam en tant que religion, ce sont tous les effets de la globalisation et du libéralisme (sous ses acceptions économique et sociétale) auxquels ont fait porter l’habit de l’Islam, notamment via le wahhabisme et ses avatars. Ces effets de la globalisation et du libéralisme sont bien connus : immigration massive, délinquance, ce à quoi il faut ajouter les conséquences désastreuses de la politique étrangère otanesque : les attentats terroristes, l’arrivée massive de vrais et de faux réfugiés.

Jusqu’à il y a quinze ans environ, on pointait du doigt les Maghrébins (à raison ou à tort) comme étant la cause de certains maux, en particulier la délinquance ; et à partir du 11 septembre 2001, les Maghrébins sont tous devenus comme par magie des musulmans pour les besoins de la théorie du Choc des civilisations. Les problèmes n’avaient plus trait aux différences culturelles indépassables entre Français de souche et Maghrébins – et la non-intégration de ces derniers à la société française –, mais à la seule religion musulmane.


Ce tournant politico-médiatique et cette fixation sur l’Islam est, quant à lui, la conséquence directe de l’application de la stratégie du Choc des civilisations ; cette politique internationale néo-conservatrice promue par des juifs au cœur de l’establishment étasuniens et par les dirigeants israéliens, ce qu’ont démontré Stephen Walt et John Mearsheimer dans leur ouvrage « 
Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine ».

Franck ABED. Vous exprimez des réserves sur certains points doctrinaux de l’islam. Cependant votre position s’oppose, quoique vous en disiez, à toutes les traditions classiques islamiques, pas seulement aux wahhabites et aux salafistes, que vous rendez seuls responsables de ces prétendues « dérives ». Or, sur certains thèmes, toute la tradition sunnite parle de la même voix : il faut couper la main du voleur, le jihad est avant tout la lutte armée, l’adultère est puni de mort (lapidation), etc. En disant ce que vous dites, ce n’est pas qu’à Abdelwahhab que vous vous opposez, mais aussi à Bukhari, Muslim, les quatre écoles sunnites, à Ibn Kathir, et à tous les savants de l’islam sunnite classique. Qu’en pensez-vous ?

Youssef HINDI : Il faudrait précisez sur quels points doctrinaux je m’opposerai à toutes les traditions classiques… Car il suffit de lire (ou simplement survoler) mon second ouvrage – qui porte sur l’Islam – pour se rendre compte que le gros des sources que j’utilise, pour ce qui est de la théologie et des exégèses coraniques, sont orthodoxes. Non seulement Ibn Kathir, Bukhari et Muslim figurent parmi les références de mon ouvrage, mais à ceux là il faut ajouter Tabary, Tirmidhi, Ibn Ishaq (historien et biographe du Prophète), sans parler des auteurs modernes qui font autorité : Louis Massignon, Jacques Berque, Yusuf Ali, Muhammad Asad (alias Leopold Weiss), et bien d’autres.

Avant de parler de la lapidation – thème récurrent dans les médias occidentaux, mais que la quasi-totalité des pays musulmans n’appliquent pas, hormis les pays wahhabites ou des lieux reculés, du Pakistan par exemple, où de vieilles lois tribales antéislamiques sont encore en vigueur –, il faut savoir que cette sentence n’est pas ordonnée par le Coran mais par la Thora (Deutéronome, 22:20-22). Le Coran ordonne cent coups de fouet pour adultère (Sourate 24, verset 2). Ce que d’ailleurs Tariq Ramadan s’est bien gardé de dire lorsqu’il proposait son fameux moratoire…

Franck ABED : Croyez-vous à la naissance d’un islam politique sérieux et pérenne en France ? Ou l’islam est-il voué à n’être qu’un folklore de rites et de cultes, ne pouvant influer sur l’édification des lois, des normes, et des règlements, qui eux, seront confiés à ce bon peuple laïcisé et démocrate ?

Youssef HINDI : Je n’ai jamais voulu ni cru en un islam politique en France ou ailleurs. J’explique dans mon second ouvrage que l’islam politique est une innovation blâmable, puisqu’il a été instauré par ceux-là même qui ont détruit et aboli le Califat. L’islam politique est cette gigantesque hérésie vendue aux Musulmans comme substitut du Califat ; il est la conséquence historique directe de l’abolition de l’institution traditionnelle musulmane. Il faut bien comprendre que l’islam politique est un des outils qui contribuent à détruire l’Islam, car il instrumente la religion, la tord, à des fins bassement mondaines en semant au passage la discorde parmi les Musulmans.

Franck ABED : Quels sont vos trois personnages préférés de l’histoire de France ? Même question pour l’histoire en général ?

Youssef HINDI : Je préfère parler des personnages qui me semble être les plus importants. Pour la France, je dirai Saint-Remi, Charlemagne et Jeanne d’Arc.

Pour ce qui est de l’Histoire en général, Moïse, Jésus et Muhammad.

Propos recueillis le 9 décembre 2016

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