Le Front National (Barbara Mazieres) par Franck Abed

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Franck ABED : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter en quelques mots pour ceux qui croient vous connaître et pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Barbara MAZIERES : Je suis mariée, mère de 4 enfants, titulaire d’un DESS de Finance, ancienne cadre bancaire et actuellement Directrice Administrative et Financière dans une PME. Catholique convaincue, je défends les valeurs de la famille, de la vie mais aussi notre souveraineté et nos libertés.

Franck ABED : Rejoindre le Front National de Marine LE PEN, pour défendre la loi naturelle et les valeurs qui l’accompagnent, n’était-ce pas une utopie ? En effet, le passé et le présent de Marine LE PEN, sa « formation », ses différentes opinions n’indiquent-ils pas clairement que les points non négociables sont loin d’être sa priorité ?

Barbara MAZIERES : Il faut rappeler que Marine LE PEN a toujours été claire sur sa volonté d’abroger la loi Taubira. Je suis une femme libre et je me suis engagée en politique pour défendre mes convictions. L’indépendance de la France, la défense de la famille et de la vie, la liberté d’enseignement et la liberté d’entreprendre font partie de mes valeurs ; je ne l’ai jamais cachées. J’étais d’ailleurs militante au RPF de Charles Pasqua et Philippe de Villiers bien avant d’être engagée au FN.

J’ai effectivement été très déçue de cette expérience au Front National notamment avec l’affaire du « bonsaï » et des déclarations méprisantes de M. Philippot sur la Manif pour tous, puis les prises de position résolument anti-famille – et même plus radicales que Mme Touraine – de Sophie Montel, qui m’avaient laissée penser que la ligne politique du FN était en train de basculer.

Par ailleurs, il faut noter que les propos marxisants de nombreux cadres du FN ne sont jamais sanctionnés. Il y a une dérive inquiétante vers une sorte de nationalmarxisme dans ce parti.

Ce qui n’empêche pas que ce parti compte des personnalités passionnantes et courageuses comme Marion Maréchal Le Pen, Bruno Gollnisch ou Marie-Christine Arnautu.

Progressivement, j’ai donc pris conscience que les partis politiques ne sont pas une bonne réponse aux problèmes de notre société.

Il est temps de passer à une « politique 2.0 », je veux dire par là, à une politique basée sur des hommes et des femmes enracinés, issue de la société civile, utilisant internet et les réseaux sociaux pour se mettre en réseau, et non pas sur des partis politiques aux logiques staliniennes.

Franck ABED : Vous qui avez été membre du FN, comment expliquez-vous l’influence très grande de Florian PHILIPPOT sur Marine LE PEN et son parti ?

Barbara MAZIERES : C’est difficilement explicable. Je pense que M. PHILIPPOT a le mérite d’être un grand travailleur, qui plus est brillant. Hélas, mais peut être est-ce du à sa formation d’Enarque, il est complètement « hors sol », très étatiste et surtout très marqué « à gauche ». Il a progressivement influencé la ligne du Front National qui devient très « national Marxiste », je ne peux que le regretter.

Très influencés par les sondages et les médias mainstream, ces gens pensent que les médias font encore l’opinion publique, et dans une logique purement électoraliste, ils s’alignent sur la position de ces médias. Ils abandonnent ainsi progressivement tout ce qui fait leur spécificité…

Ils ne se rendent pas compte de la formidable révolution qui s’est ouverte avec les réseaux sociaux et les médias alternatifs réellement libres comme votre blog, TV libertés, le Salon Beige, Boulevard Voltaire etc.

Franck ABED : Selon vous et en tant que catholique, est-il possible aujourd’hui de défendre la morale et les points non négociables au sein des grands partis politiques ?

Barbara MAZIERES : Je ne suis pas une idéologue. A titre personnel je ne le crois plus, en tout cas, pas dans les partis aux logiques autant pyramidales que ceux que nous connaissons. Toutefois je connais des catholiques convaincus qui agissent au sein de partis politiques et je pense qu’il est de notre devoir de les soutenir.

Il faut que nous sortions nous même de la logique partisane. Comme je l’expliquais dans un entretien au blog des 4 vérités (http://www.les4verites.com/societe/entretien-exclusif-avec-barbara-maziere ) « Dans une logique de parti, si je suis affiliée au FN, je dois voter FN quel que soit le candidat qui se présente aux législatives dans ma circonscription. Si je suis dans une logique 2.0, je voterai pour le candidat le plus proche de mes convictions. Personnellement, je préfère Marion Maréchal-Le Pen à Alain Juppé, mais je préfère Jean-Frédéric Poisson à Florian Philippot. ».

Il faut donc convaincre nos amis de voter, non plus suivant une étiquette partisane, mais suivant nos convictions.

Il faut également permettre l’émergence de courants nouveaux. Une sorte de confédération de droite, sorte de mouvement a-hiérarchique permettant l’expression des sensibilités de chacun. A ce titre les expériences de BEZIERS avec OZ ta Droite ou de l’avant Garde de Charles Million sont à soutenir.

J’appelle de mes voeux une vaste coalition des patriotes de droite, de JF POISSON, Ph de VILLIERS, Robert Ménard, Karim Ouchick, etc.

Franck ABED : L’action politique nécessite en amont une excellente formation intellectuelle. Celle-ci dépend en grande partie de la lecture. Or, les jeunes et moins jeunes lisent de moins en moins. Comment répondre efficacement à ce déficit de formation ?

Barbara MAZIERES : Avec Gaétan DIRAND et Bruno TARDIVEAU nous avons créé le CERCLE ANJOU CONFERENCES @AnjouConferences sur Facebook. Ceci pour répondre à un besoin en formation. Mais rien ne remplacera la lecture, il est partiellement vrai que les jeunes lisent moins. Mais, j’ai pu constater au sein de ma propre famille, grâce à Internet, les jeunes ont accès à des connaissances inestimables. Cet outil permet l’accès à la lecture, car pour approfondir une connaissance, il leur faut se plonger dans des ouvrages de plus en plus complexes, et donc à des livres (papier ou numérique, qu’importe le support). Le problème de la lecture, comme de la formation, ou de l’utilisation de l’outil INTERNET, tient plus au problème de la formation initiale.

Car Internet, comme les livres d’ailleurs, ne sont que des outils mis à disposition des jeunes. Encore faut-il qu’ils aient reçu une éducation leur permettant d’en faire bon usage : maitrise de la langue Française, de la logique et du raisonnement. Or c’est précisément sur ces points que l’éducation nationale est en faillite totale (faillite que l’on peut penser volontaire, dans le but de réduire nos concitoyens en « moutons »).

Et sans formation initiale, les conférences ne servent à rien. C’est pourquoi une des premières tâches à entreprendre d’un futur gouvernement de redressement national sera de libérer l’école de mai 68. Personnellement je suis pour la mise en place du chèque éducation permettant aux familles de choisir librement (sans contraintes financières) leur école. Il faut permettre à tous les jeunes d’accéder au savoir, et surtout à la liberté de penser.

Franck ABED : Une grande partie de l’activité militante aujourd’hui, qu’on l’approuve ou non, se déroule via internet. Internet est-il un réel outil militant pour faire avancer des idées ? Ou au contraire internet tue le militantisme classique et transforme les militants politiques en être passifs qui « like » des contenus, les « retweete » ou les « partage » ?

Barbara MAZIERES : Comme je le disais précédemment, INTERNET est un outil. Comme tous les outils on peut en faire un bon ou un mauvais usage. Effectivement on peut constater que sur Internet les égos se déchainent, les réactions autoritaristes fleurissent. C’est le mauvais usage de l’outil.

Mais internet permet aussi et surtout de mettre en relation des personnes qui se mobilisent sur des vrais sujets. La réussite des « Manif pour tous » s’explique largement par l’utilisation des réseaux sociaux. On peut également citer Nigel Farage qui dans un excellent entretien déclarait « Je pense que quelque chose change, ces institutions ne survivront pas aux technologies du XXI ème siècle… Vous avez l’argent, les multinationales, nous avons une armée de bloggers » http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2016/06/nigel-farage-ce-sera-une-batailleentre-le-peuple-et-les-politiciens-et-nous-avons-notre-arm%C3%A9e-de-bl.html

Je pense également qu’INTERNET est l’outil qui permettra l’établissement d’une vraie démocratie directe. Cela fait peur aux politiciens professionnels ? Tant mieux.

Franck ABED : Quels seraient aujourd’hui vos mots pour convaincre un jeune de s’engager en politique ?

Barbara MAZIERES : Les jeunes doivent prendre leur avenir en main. S’ils ne le font pas, d’autres le feront à leur place.

Cependant la politique doit être repensée. Elle ne doit pas être un métier mais un service !

C’est pourquoi je pense que les jeunes doivent se former, travailler, et s’engager dans la politique, non pas pour faire carrière, mais pour servir. Pensée ainsi la politique est une noble tâche. Il faut arrêter avec ces politiciens professionnels qui vivent de la politique en oubliant que celle-ci doit être un service ! Il n’y a rien de pire que ces jeunes prétentieux de Science Po ou de l’ENA qui, n’ayant jamais travaillé, ni la volonté de le faire, s’engagent en politique pour occuper des places rémunérées. N’ayant jamais été en contact avec la réalité quotidienne de nos compatriotes, ils finissent, tel le président Hollande par accéder aux plus hautes fonctions pour le plus grand malheur de notre pays.

Pour éviter cette dérive, je suis pour, non pas le non cumul des mandats, qui est un leurre, mais pour le non cumul des indemnités et le plafonnement de celles-ci à un SMIC.

Il faut inciter les hommes politiques à travailler dans la vraie vie. Ainsi l’engagement politique sera un réel engagement de service, et non une prébende à conserver quelles que soient les compromissions à faire.

Propos recueillis le 17 août 2016

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