Royalisme (Gérard de Villèle) par Franck Abed

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Franck ABED : Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter en quelques mots pour ceux qui croient vous connaître et pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Gérard de Villèle : À dix ans, mon instituteur me fit chercher dans Le Petit Larousse, après les pages roses, mon nom. Pourquoi mon nom ? Parce qu’il s’y trouvait, à ma grande surprise ! « Quand on porte ce nom, il faut bien se tenir », me fut-il asséné… Je soupçonne Monsieur Vigreux d’avoir eu un faible pour nos idées. Pourtant c’était la Communale… À 14 ans, mon grand-père maternel, un été, me fit lire L’Enquête sur la monarchie. Quand je lui rendis le livre, qu’il avait fait bellement relier, il me dit : « Ne soit pas pressé, le prétendant en France est républicain. Tu as le temps, le roi est en Espagne ». Mais en Espagne, il y avait Franco ! On ne sait pas tout à 14 ans… Donc j’ai attendu, je suis devenu royaliste convaincu, au bout de quelques lectures et des discussions passionnées… Grand-père avait été camelot du Roi : mystérieuse aventure… À 17 ans, un professeur d’Histoire, pourtant socialiste, aborda la Restauration, alors au programme. Des ricanements saluèrent le ministère Villèle : « Laissez rire les imbéciles, venez me voir à la fin du cours… ». « Avec votre nom, il ne vous reste plus qu’à être financier ou artiste », m’a-t-il conseillé. J’ai « fait » les Beaux-Arts. Dans ce temps-là, on y dessinait encore. Depuis, j’espère, toujours, comme vous tous, évidemment. En 1987, Alphonse était en France. Pour le Millénaire capétien. Grand-père avait raison. Dommage, il est mort le 7 janvier 1989… Alphonse aussi, le 30 janvier. Reste Louis. Ou ses fils ; et j’ai 68 ans et 54 ans de royalisme. Ensuite, mon royalisme s’est nourri de la rencontre avec Daniel Hamiche, Yves-Marie Adeline et Guillaume de Thieulloy : j’ai mis mon métier de graphiste au service du roi. Graphiste du Roi ! Et j’ai accepté de prendre la suite du Légitimiste d’Hamiche pour parvenir aujourd’hui au 70e numéro du Lien légitimiste… Avec un long passage à l’Alliance royale…

Franck ABED : Le royalisme politique est-il encore une réalité ? Ou devenons-nous le considérer comme mort avec l’assassinat de Louis XVI et la disparition du comte de Chambord ?

Gérard de Villèle : Il n’y a plus de royalisme politique : il s’est tari après la guerre de 14-18 où les derniers officiers monarchistes sont à peu près tous morts. Conséquence imprévue du toast d’Alger du cardinal Lavigerie, suscité par Léon XIII, qui incitait les royalistes à rallier la République et ses écoles de cadres. Il a réussi ! Les royalistes et les prêtres dans leur grande majorité ont suivi. Après cela n’a plus de sens. Ou alors sous forme de boutade ; pour ne pas être comme les autres… Quelque part dans les carnets du ministre, Joseph de Villèle, il a laissé entendre que plus jamais cela ne serait possible. Vous me direz pourquoi je me réclame du royalisme ? Peut-on se réclamer de Sarkozy, de Hollande, d’un Le Pen ou d’autres ? Assurément non. Alors il reste une sorte d’espérance dont on sait qu’elle viendra un jour. Quand on aura compris que la vie c’est autre chose que celle que propose la république dite française.

Franck ABED : Comment expliquez-vous le double échec de l’Alliance Royale, à savoir son incapacité à rassembler les royalistes désirant agir politiquement ? A s’imposer comme un mouvement politique crédible aux yeux des Français et des partis politiques républicains ?

Gérard de Villèle : L’échec de l’Alliance royale à rassembler les royalistes est bien l’illustration de ce que j’ai avancé plus haut. Le royalisme n’est plus une force politique qui peut compter. Yves-Marie Adeline a cru qu’elle pouvait renaître (et ceux qui l’ont suivi aussi, moi compris). Force est de constater au vu des résultats obtenus que le rêve est fini. Et que l’Alliance n’a pas atteint le premier de ses objectifs : replacer l’idée royale dans la vie politique française. De plus, les moyens financiers n’existent plus. Et le système électoral est une activité hors de portée, un sport de riches comme le disait, un peu amer, Yves-Marie Adeline. Pour ma part, j’ai découvert la faille en 2004, avant les Européennes, quand avec un imprimeur ami nous avons tenté de chiffrer nos besoins.

Franck ABED : Dans un de vos éditoriaux vous avez écrit : « On a beau avoir l’espérance chevillée au coeur, la désespérance pour ce peuple nous gagne. » Pensez-vous que le peuple de France continuera à s’enfoncer pour finalement disparaître ? N’a-t-il pas ce qu’il mérite ?

Gérard de Villèle : Oh, disparaître, non. L’Espérance n’est pas qu’un mot… C’est une vertu catholique. Dieu nous donnera les grâces pour survivre si nous ne L’oublions pas. Mais j’ai l’impression que les Français sont victimes de l’air du temps.

Le problème est que les Français sont oublieux de nature et leurs préoccupations ne semblent pas tournées vers l’avenir mais vers un présent qui les satisfait en grande partie. Songez qu’il n’y aurait plus que 4 % de catholiques pratiquants. Nos compatriotes sont devenus sans réaction, comme anesthésiés, avec quelques démangeaisons épidermiques. Le pouvoir républicain est tellement totalitaire qu’il n’y a plus, semble-t-il, de possibilités, voire d’idée de révoltes ou de contestations dangereuses pour le pouvoir… Souvenez-vous de Jour de colère. Quel bide ! L’oligarchie en place paraît, pour lors, intouchable. Vous me direz qui pensait qu’en 1989 l’Union soviétique disparaîtrait ? Si ce n’est Andreï Amalrik dans son livre L’Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ? C’est cela l’Espérance en politique…

Franck ABED : Comprenez-vous l’attitude des royalistes de la base qui n’agissent pas pour promouvoir l’idée royale ? Que dire des princes, héritiers, prétendants qui sont aux abonnés absents alors que leur pays a cruellement besoin d’eux ?

Gérard de Villèle : Mais il n’y a pas de base pour les royalistes ! Il faudrait un sommet, un chef, un prince convaincu de sa mission, de son rôle à remplir, en dehors des commémorations. L’aîné des Bourbons n’est pas persuadé de devoir s’engager comme le voudraient ses partisans. Si tant est que les dits partisans aient une volonté politique. Ce que je ne crois pas. On peut comprendre le Prince vu l’état de la situation. Comment pourrait-il agir seul et surtout avec d’éventuels sujets plus préoccupés par leurs intérêts matériels que par une idée du pouvoir à réinventer ? C’est un cercle vicieux. Nous utilisons des grands mots : le Roi, le Peuple, la France… Mais le roi ne croit sans doute pas à son avenir royal ; le peuple n’a pour l’instant plus conscience d’être une entité unie et homogène ; quand à la France, elle se dilue dans des institutions politiques qui lui volent son âme.

Franck ABED : Quels sont les objectifs que vous poursuivez avec le Lien Légitimiste ? La presse papier a-t-elle encore un avenir à l’ère du numérique ?

Gérard de Villèle : Maintenir autant que je le pourrai la flammèche fragile qui existe encore. J’avoue être étonné de l’intérêt porté au Lien, de son importance, toute relative d’ailleurs, voire de sa notoriété. Cela dépendra sans doute de mon état de santé qui risque d’entamer une certaine lassitude. Je remercie, à chaque numéro, l’assistance du Saint-Esprit. Avant, pendant, après…

Franck ABED : Pour finir quels sont vos trois rois préférés et pour quelles raisons ?

Gérard de Villèle : Louis XIV bien sûr et avant tous les autres ! Notre pays a connu son apogée au Grand Siècle. Notamment en matière artistique. L’Académie royale de peinture et de sculpture en est la manifestation la plus éclatante. Quelle culture possédaient tous ces peintres et sculpteurs ; quelle différence avec aujourd’hui. Louis XIII, ensuite, pour son courage, sa fragilité, sa sagesse d’avoir choisi Richelieu… Louis XVIII, enfin, parce que les Mémoires et correspondance de Villèle, les souvenirs de Corbière m’ont fait découvrir un personnage étonnant que l’on méconnaît pour de mauvaises raisons…

Propos recueillis le 21 août 2016

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