« Le Vicaire du Christ par Roberto de Mattei » par Franck Abed

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Le Vicaire du Christ par Roberto de Mattei

A l’heure où certains experts autoproclamés, dans et hors de l’Eglise, discourent sans cesse sur les « nécessaires réformes » de l’institution pontificale, Roberto de Mattei rappelle avec arguments circonstanciés et faits objectifs ce que sont l’Eglise et le Pape. Pour cela, il n’hésite pas à avoir recours aux auteurs classiques et modernes pour nous présenter une œuvre percutante et accessible au plus grand nombre qui retrace la naissance, les fondements et les évolutions de l’Eglise créée par Jésus-Christ Lui-même. D’une manière générale, il ne paraît guère évident de traiter d’une institution divine et humaine vieille de 2000 ans, tout en abordant simultanément le droit canonique, la théologie et les Saintes Ecritures. Avec un talent remarquable reposant sur une plume alerte, concise et habile, Roberto de Mattei réussit cet exercice difficile en nous proposant un essai historique et théologique d’une grande actualité. Il est intéressant de rappeler que beaucoup s’imaginent et se plairaient à voir l’Eglise mourir. Laissons parler Mattei qui écrit : « La stabilité et la survie même de l’Eglise ont été mises à l’épreuve à toutes les époques. Pour ne donner que quelques exemples : les persécutions des premiers siècles, les hérésies trinitaires et christologiques du IVème au VIIIème siècle, le Grand Schisme d’Orient, le conflit entre autorité spirituelle et pouvoir temporel au Moyen Age, le protestantisme, la Révolution française…Toutefois aucune de ces attaques n’est parvenue à détruire le Siège apostolique. » Il aurait pu également rajouter que ni le nazisme, ni le communisme ne purent vaincre la Papauté.

Le livre s’ouvre par une introduction percutante qui évoque, entre autres, les dérives réformatrices passées et récentes qu’auraient pu subir l’Eglise. Certaines nous glacent le sang… L’ouvrage se découpe ensuite en trois parties, tout aussi passionnantes les unes que les autres. La première traite de la primauté romaine dans l’histoire, la deuxième du pouvoir du souverain pontife, et la troisième des cas d’exception. Disons le d’emblée, Mattei référence toutes les idées qu’il a pris le soin de développer et d’étudier. La primauté de Pierre sur l’ensemble de l’Eglise ne repose pas sur une vue de l’esprit. Mattei cite les Actes des Apôtres, et surtout les paroles de Jésus adressées directement au premier Vicaire du Christ pour justifier cette position. Le professeur précise que le Pape Saint Clément intervint personnellement et directement dans les affaires de l’Eglise de Corinthe du vivant même de l’Apôtre Saint Jean, pour exposer que la primauté pétrinienne s’exerçât depuis toujours… La deuxième partie se montre clairement théologique et canonique, mais l’ensemble reste abordable même pour les non initiés. Dans ces chapitres, Mattei passe en revue, toujours avec une réelle pédagogie, les notions suivantes : le corps mystique, la juridiction dans l’Eglise, le gouvernement du Pape, l’infaillibilité, l’exercice du pouvoir pontifical. L’érudition de l’auteur se manifeste clairement au cours de ces pages de haute volée, dans lesquelles il se livre à une vraie démonstration sur le rôle du Souverain Pontife. La dernière partie évoque des cas d’exception et répond à des questions telles que : à quel moment un Pape devient-il Pape ? Le Pape peut-il être hérétique ? Peut-on désobéir au Pape ? Sans nul doute, cette partie permet d’apprendre ou de revisiter des notions importantes qui semblent être aujourd’hui écartées et méprisées par nombre de catholiques, y compris chez ceux que d’aucuns appellent « les traditionalistes ». Ainsi commençons par le début. Comment définir l’Eglise ? Nous laisserons répondre Pie XII qui écrivait dans Mystici corporis du 29 juin 1943 : « On ne peut rien trouver de plus noble, de meilleur, rien enfin de plus divin que l’expression qui la désigne comme le Corps mystique du Christ ». Aujourd’hui, mais déjà hier, des adeptes de la tabula rasa voudraient transformer le Vatican en une démocratie. Pourtant Pie XI, le 7 juin 1929, définissait formellement la loi fondamentale de la Constitution de l’Etat du Vatican : « La Cité du Vatican est donc une monarchie religieuse dont le souverain est élu à vie. Celle-ci mérite bien le titre de monarchie absolue dans la mesure où le souverain pontife jouit, de jure, de la plénitude des pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires, même si l’Etat du Vatican est bel et bien un Etat de droit. » De même, si des réformes justes et nécessaires doivent être accomplies, il convient qu’elles ne se réalisent pas en dépit du bon sens. La volonté de dialogue avec les autres religions chrétiennes et non chrétiennes, même si elle est respectable, ne peut s’accomplir au détriment de l’Eglise Catholique. De fait Roberto de Mattei énonce la réflexion suivante : « Nous devons répondre à cela, qu’une réforme de la papauté qui prétendrait éliminer la principale « pierre d’achoppement » (1) pour le dialogue avec les autres confessions chrétiennes, ne ferait que défigurer la constitution divine de l’Eglise, mais, ouvrirait également une irrépressible dynamique d’autodissolution de ce même processus œcuménique. » Cette volonté œcuménique est louable, mais comme le disait Pie XI en son temps avec Mortalium animos du 6 janvier 1928 : « L’unité de l’Eglise ne peut naître que d’un magistère unique, d’une règle unique de foi, et d’une même croyance entre les chrétiens, en union avec l’autorité et le pouvoir de Pierre et de ses légitimes successeurs. » Mattei prend position sans aucune ambigüité, et à raison, contre les réformes voulues par certains membres de la Curie qui transformeraient l’Eglise Catholique Romaine en une quelconque assemblée presbytérienne voire en une annexe du parti démocrate…

Concrètement, l’auteur nous livre une étude captivante, dense, documentée sur les fondements, le rôle et les prérogatives de la Papauté. Mattei démontre brillamment que l’institution papale a souvent connu des réformes tout en restant inflexible sur ses éléments fondamentaux. Il serait donc urgent de mettre ce livre dans les mains de tous les réformateurs, pour qu’ils n’oublient jamais que le Bienheureux Pie IX, lors du Concile Vatican I, avaient défini deux dogmes : le dogme de la Primauté pontificale et celui de l’Infaillibilité pontificale. Oublier cela, revient à mettre sous le boisseau l’essence même de l’Eglise Catholique Romaine et à considérer le Vicaire du Christ comme un homme normal. Dans la tempête qu’affronte la barque de Saint-Pierre, n’oublions jamais les paroles du Christ : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Franck ABED

(1) Ici l’auteur fait référence à la Primauté de Pierre.

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